Projet CLÉA à Fontenay-sous-Bois :
Oui à la géothermie,
Non à une nouvelle chaufferie au bois !
A la demande de la Régie du Chauffage Urbain de Fontenay-sous-Bois, une enquête publique est organisée du 21 septembre au 22 octobre 2026. Cette enquête publique unique met en avant un projet de forage géothermique, mais concerne également l’extension du réseau de chauffage urbain, la réduction de son recours au gaz (et l’arrêt de la cogénération), et surtout l’ajout d’une nouvelle chaufferie au bois en plus de celle qui existe déjà.
Nous avons lu attentivement le dossier d’enquête et posé plusieurs questions à la réunion publique du 6 octobre à Fontenay-sous-Bois, tenue sous l’égide de la CNDP. Nous saluons l’esprit de transparence et de dialogue manifesté par les responsables fontenaysiens. Nous n’avons aucune réserve quant au recours à la géothermie et au forage dans la nappe du Dogger, et pensons que les précautions affichées seront prises et suffisantes. Néanmoins, nous nous opposons à un volet majeur de ce projet, la nouvelle chaufferie au bois de 11,5 MW alimentée en plaquettes (se surajoutant à l’ancienne chaufferie de 14,5 MW alimentée en pellets), dont nous demandons l’abandon en raison de ses effets délétères.
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La pollution atmosphérique engendrée par le chauffage au bois est bien documentée. IL s’agit avant tout des particules fines (PM10 et PM2,5), dont les chaudières et chaufferies biomasse sont la principale source en Ile-de-France. Il ne faut pas pour autant négliger les oxydes d’azote Nox, dans un secteur où les seuils réglementaires sont régulièrement dépassés selon des mesures épisodiques et des modélisations d’AirParif.
La RCU s’engage à faire mieux que la réglementation existante pour ce qui concerne le filtrage des fumées. Mais s’engage-t-elle à respecter la réglementation actuellement prévue lors de sa mise en service, prévue fin 2028 ? Rappelons que la Directive européenne UE 2024/ 2881, applicable dès décembre 2026, durcit les exigences, notamment sur les particules fines, classées comme cancérogènes certains, aux effets nocifs sur les fonctions respiratoires, cardiovasculaires et neurologiques, causant une importante surmortalité, établie par des études statistiques non contestées (des milliers de décès rien qu’en Ile-de-France). La Directive abaisse les seuils de certains polluants. On rappellera aussi que les filtres n’arrêtent pas les nanoparticules, nouveau sujet d’études préoccupantes. En résumé, même si l’abattement de la pollution par les filtres est important, on rajoutera une pollution significative à un secteur déjà très pollué par son environnement proche.
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La contribution du projet à la diminution des émissions de CO2 est exagérée. En effet, pour l’étude d’impact, les émissions de la biomasse sont dites « durables » et ne sont pas prises en compte dans le quota CO2 final, au motif qu’elles relèveraient d’une économie circulaire, du fait du reboisement, après les coupes, du bois consommé, et du stockage de carbone associé. Cette comptabilité carbone est déconnectée du monde réel pour deux raisons.
La première est soulignée par la MRAE (p. 11 de son Avis) : il faut « qu’une traçabilité dédiée soit mise en place pour démontrer que les critères de durabilité de gestion de la forêt, dont provient la ressource « bois », sont respectés ».
L’étude d’impact était muette à ce sujet mais le bureau d’études Kalies entend y répondre pour le compte de la RCU, dans ce que le dossier d’enquête présente comme le « Mémoire en réponse à l’avis de la MRAE ». Il s’agit plus largement du mémoire en réponse à tous les avis des services instructeurs, dont la MRAE. Ce mémoire de 603 pages (auquel il manque une table des matières) est en bonne partie l’extraction d’un tableau Excel. Pour la MRAE (tableau 10), les réponses figurent dans les pages 35 à 52 du document, et en p. 43 pour le sujet qui nous intéresse. La RCU avant d’énumérer tous les labels de qualité auxquels ses fournisseurs devront se conformer, s’engage à utiliser comme combustible du « bois issu principalement de l’économie circulaire ». L’adverbe interroge. La réponse se trouve dans l’Annexe 17, le Plan d’approvisionnement, du document Kalies. Sur les 13 000 tonnes annuelles nécessaires à la nouvelle chaufferie de 11,5 MW, on compte 7800 tonnes de plaquettes forestières (60%), 2600 tonnes de plaquettes paysagères ligneuses et 2600 tonnes de bois en fin de vie réutilisable. Mais les plaquettes forestières ne seront certifiées PEFC/FSC « ou équivalent » (on s’interroge sur l’équivalence) qu’à hauteur de 60%… Quant au label « haies » censé certifier les plaquettes paysagères, nous questionnons sa véritable durabilité (les services écosystémiques rendus par une haie nouvellement plantée étant sans rapport avec ceux fournis par une haie ancienne).
La demande de la MRAE ne sera donc pas entièrement satisfaite. Enfin l’engagement de la RCU (pris devant la MRAE, p. 33) « à maintenir et à mettre à jour son registre de traçabilité du combustible utilisé » qui « sera mis à la disposition des services » n’est pas suffisant : l’accessibilité aux associations de la société civile devrait être garantie .
La neutralité carbone cette chaufferie au bois est une vue de l’imagination pour une seconde raison, la détérioration de la forêt française du fait du dérèglement climatique. Les études récentes montrent qu’elle ne fonctionne plus du tout comme un puit de carbone, ses émissions par la respiration excédant ses absorptions par la photosynthèse. Pour capter le carbone émis par la chaufferie, il faudra que le reboisement de ce qui aura été coupé pour l’alimenter soit effectif, et attendre des dizaines d’années.
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L’approvisionnement en bois de la nouvelle chaufferie est insoutenable. La RCU annonce qu’elle se fournira exclusivement en Ile-de-France. Les 13 000 tonnes consommées sont à mettre en regard de la ressource régionale.
Selon les derniers chiffres de l’Agence Régionale Energie Climat (AREC), on comptait en 2023 en Ile-de-France 145 chaufferies biomasse en fonctionnement (134 en 2022), consommant 474 860 tonnes de biomasse. On en dénombrait aussi 20 en projet.
Or, dans le Mémoire en réponse aux services instructeurs du bureau Kalies (Annexe 13), est communiqué le Schéma directeur de la RCU (p. 133 et suiv.). La question de la ressource en bois et de sa consommation y est traitée p. 204 et suiv. On y mentionne des chiffres dépassés de l’AREC (119 chaufferies en 2019, avec une consommation moindre, en proportion). D’autre part, le chiffre qui communiqué pour la ressource est aussi trompeur : 742 000 m3, chiffre issu de l’interprofession régionale Fibois, qui est une simple estimation incluant l’autoconsommation (évaluée « à la louche » à 50%).
Or selon les statistiques Agreste du ministère de l’Agriculture, notre région ne commercialise que 280 000 m3 de bois par an (dont 200 000 dans les forêts publiques). 60 % est utilisé en bois-énergie. On rappelle que le facteur de conversion du bois sec n’est que de l’ordre d’une demie tonne par m3 pour les résineux et trois quarts pour les feuillus durs (pour les bois frais c’est autour d’un pour un).
Rappelons que le gouvernement encourageant aussi le chauffage au bois pour les particuliers, plus de 900 000 ménages en Ile-de-France consomment plus de 2 millions de m3 (chaufferies collectives et industrielles exclues), toujours selon Fibois-IDF. Tout ce tonnage est évidemment massivement importé d’autres régions. La France se met ainsi sur la trajectoire de ces pays tropicaux sous-développés qui ont brûlé l’essentiel de leurs forêts…
La nouvelle chaufferie prévue (13 000 tonnes) consommerait donc un pourcentage significatif de la ressource régionale… dont on a montré que la sollicitation augmente en flèche. Pour tenir les engagements pris, la RCU devrait être tout-à-fait exceptionnellement favorisée. On nous permettra de ne pas y croire et notamment de craindre que les fournisseurs ne tiennent pas leurs engagements de qualité (comme cela a été démontré récemment par l’association Canopée pour la Métropole de Tours). Il est quasi certain que ce projet contribuera très significativement à l’épuisement de nos forêts.
La nouvelle chaufferie au bois est-elle indispensable au projet ? C’est ce qu’ont affirmé ses promoteurs au cours de la réunion publique. Elle devrait fonctionner à pleine capacité pendant les froids hivernaux, du fait de la température peu élevée de la nappe jurassique du Dogger. Il semble que l’association géothermie-bois soit actuellement en vogue. Mais il existe déjà une chaufferie au bois fonctionnant avec des pellets. Sa puissance nominale (14,5 MW) excède celle affichée par le projet géothermique. La puissance géothermique annoncée n’est en effet que de 10,5 MW. Il en découle selon nous que le futur forage géothermique sera un excellent fournisseur d’énergie pour le réseau de chaleur en complémentarité avec la centrale à pellets existante et les chaudières au gaz conservées (qui pourront aussi être mises à contribution pendant les pics de froids, qu’on escompte plus rares et moins forts qu’autrefois).
La nouvelle centrale au bois n’est pas indispensable pour utiliser à plein le futur forage géothermique. Si elle le devient dans le projet présenté par la RCU, ce ne peut-être qu’à cause d’un dimensionnement excessif du réseau de chauffage urbain. Il est en effet prévu une extension territoriale, mais aussi (et surtout) le raccordement au réseau de nombreux bâtiments neufs de l’Opération d’Aménagement et de Programmation (OAP) prévue au PLUI pour le secteur d’aménagement VDFA, i.e. Val-de-Fontenay Alouettes (qui sera réalisé par la SPL « Marne au Bois »). C’est pour cela qu’il est prévu d’augmenter l’énergie totale fournie par la RCU, qui passerait annuellement de 116 GWh à 163,4 GWh.
Notre fédération associative demande donc qu’on renonce à la nouvelle centrale au bois et que, si nécessaire, on réduise les nouveaux raccordements au réseau de chaleur de la RCU.
le 22 octobre 2026
France Nature Environnement (Val-de-Marne)
Michel LAVAL, Coprésident départemental
